Phonographies batraciennes, Sonatura n°10

Le voici enfin… ce hors-série de Sonatura entièrement consacré aux amphibiens ! Après quelques péripéties, il est enfin prêt à être multiplié et sera distribué aux abonnés de la revue d'ici quelques jours. Je vous laisse découvrir la couverture avant du livret, l'édito de Stéphane Vitzthum, quelques extraits et le programme pour vous mettre en appétit…

 

Sur près de 6 000 espèces d’amphibiens dans le monde, 32 % sont menacées d’extinction et 43 % ont des populations en régression ! Ces chiffres très inquiétants deviennent spécialement effrayants lorsque l’on sait que les Amphibiens sont des bio-indicateurs de la qualité de notre environnement… oui, notre environnement, celui-là même dans lequel nous vivons…

Avec 36 espèces en France (24 anoures et 12 urodèles), le monde des amphibiens reste malheureusement méconnu du public. Seuls les anoures (grenouilles, crapauds, rainettes…) chantent réellement, essentiellement lors de la reproduction. Les urodèles (tritons, salamandres…) sont silencieux et les bruits qu’ils émettent parfois restent anecdotiques.

Découvrir l’univers des amphibiens par une approche sonore est des plus passionnant : il y a autant de chants d’appel que d’espèces. Et à cette diversité des chants d’amour, émis le plus souvent par les mâles, s’ajoutent différents signaux sonores plus occasionnels : cris de contacts physiques, signaux de rivalité, d’alerte ou de détresse…

Entre les rires de la Grenouille rieuse, les trilles mélodieux du Crapaud vert, les notes flûtées de l’Alyte accoucheur, les discrètes « pétarades » des Grenouilles rousses, les concerts assourdissants des Rainettes vertes ou encore les grincements étranges du Pélodyte ponctué, les chants des amphibiens vous réservent bien des surprises…

Les sons de la nature sont source d’émerveillement, d’émotion, d’inspiration… Que ceux des amphibiens suscitent en vous l’envie de mieux les connaître, d’aller les rencontrer, les observer et, qui sait, de participer à leur protection… Bon voyage sonore.


Stéphane Vitzthum

http://perso.orange.fr/inspiration.nature

 

  • 01 Aux anoures 04'30''
  • 02 Grenouilles rieuses 03'30''
  • 03 Interlude aquatique
  • 04 Trilles à la dérive 04'00''
  • 05 Interlude aquatique
  • 06 Rainettes des temples et rainettes de Taipei 03’14’’
  • 07 Rainettes méridionales 04’13’’
  • 08 Amphibiens de trois continents 05’49’’
  • 09 Interlude aquatique
  • 10 La constellation des « toutous » 03‘01’’
  • 11 Crapauds calamites 02’26’’
  • 12 Interlude aquatique
  • 13 Un jardin à Taiwan 04’05’’
  • 14 Interlude aquatique
  • 15 Crapauds communs 02’46’
  • 16 Interlude aquatique
  • 17 Les Pélobates du Grosswoerth 02'47''
  • 18 Amphibien dans sa peau 04'32''
  • 19 Pélodytes ponctués 02'12''
  • 20 Interlude aquatique
  • 21 Crapauds sonneurs à ventre jaune 04'12''
  • 22 Crapauds sonneurs à ventre de feu 04'02''
  • 23 Interlude aquatique
  • 24 Grenouilles agiles 02'55''
  • 25 Rainettes vertes 02'39''
  • 26 Interlude aquatique
  • 27 La Rainette arboricole de Moltrecht - Appels 02'55''
  • 28 La Rainette Arboricole de Moltrecht - Choeurs 06'00''
  • 29 La communauté pinéale 05'00''
  • 30 Le son mystère 02'26''

Extrait de Amphibien dans sa peau (pièce musicale de Jean Poinsignon) :

Extrait de Grenouilles agiles (Olivier Namblard) :

Extrait de Un jardin à Taïwan (Yannick Dauby) :

Extrait de Les Pélobates du Grosswoerth (Guillaume Dutilleux / Marc Namblard) :

Extrait de Pélodytes ponctués (Marc Namblard) :

Extrait de Aux anoures (pièce sonore d'Emmanuel Holterbach) :

Extrait de La Rainette arboricole de Moltrecht - choeurs (Yannick Dauby) :

Extrait de Rainettes vertes (Olivier Namblard) :

Extrait de Rainettes des temples et rainettes de Taipei (Yannick Dauby) :

Extrait de Sonneurs à ventre jaune (Olivier Namblard) :

Extrait de Trilles à la dérive (Marc Namblard) :

 

Sonatura n°10, hors-série. Un numéro préparé par Marc et Olivier Namblard, Yannick Dauby, avec les contributions de André et Odile Boucher, Emmanuel Holterbach, Fernand Deroussen, Guillaume Dutilleux (de l'association BUFO), Hitoshi Kojo, Jean Poinsignon.

Ce CD n'est pour le moment disponible que sur abonnement. Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site de Sonatura :
http://association.sonatura.com/

Toute reproduction des sons, des textes, des photos, des logos publiés sur cette page est rigoureusement interdite sans l'accord express de Sonatura ou de leurs auteurs.

 

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Article publié dans la circulaire n°30 de la commission reptiles et amphibiens de Lorraine (juin 2007).


Pour un preneur de son naturaliste, toutes les voix animales sont bonnes à prendre. Par exemple, les discours volubiles des passereaux (solistes par excellence) au détour d'un chemin, la tapisserie de sons aigus d'un chœur matinal dans une forêt réverbérante, le cri d'un mammifère qu'il ne faut rater ou encore les bruissements des insectes de prairies. Les amphibiens sont un sujet un peu particulier : Il s'agit bien plus de capter la polyphonie d'un lieu.
Dire que les grenouilles coâssent, c'est faire bien peu de cas de la diversité de sonorités qu'offrent l'ordre des anoures : ronronnement des Grenouilles rousses, petites notes flûtées de l'Alyte accoucheur, meuglement pour l'indésirable Grenouille Taureau ou cri évoquant un oiseau pour la Grenouille de Swinhoe (une taiwanaise celle-là).
Un point commun parmi ces chants est l'importance de leur localisation : on les entend toujours sur des sites précis, les lieux de reproduction. Enregistrer les amphibiens consiste en quelque sorte à documenter le paysage sonore de ces lieux à certaines périodes de l'année.


D'autre part, si le chant d'un individu isolé est relativement simple, les chants collectifs se déploient sous la forme de trames qui s'entrelacent, créent des structures complexes, des effets de moirés sonores. C'est dans les allers-retours, les jeux de questions-réponses que se forment des motifs rythmiques. Les individus au sein d'un chœur essaient de se distinguer des autres en décalant légèrement leurs cris, ce qui donne une impression d'accélération et de ralentissements permanents*.
Pour enregistrer ces sons-là, l'audionaturaliste (ou sonaturaliste, au choix) préfère se placer au plus près. Si quelques-uns n'hésitent pas à mettre les bottes dans l'eau (avec les risques d'immersion que l'on connait bien) et à tenir la perche au dessus des choristes, il s'agit le plus souvent d'abandonner une paire de microphones sur un trépied et de prendre le large (l'enregistreur enclenché sur REC). Parfois, le chant a été malencontreusement interrompu par notre présence : les amphibiens “entendent” aussi les vibrations du sol par les pattes. Il faudra alors rester immobile pendant quelques minutes et attendre que le chœur reprenne. Enfin, il ne faut pas oublier que tout un monde acoustique existe sous la surface de l'eau : certains amphibiens utilise cet élément comme milieu de propagation. Le preneur de son ne plongera pas la tête dans l'étang, mais plutôt son hydrophone, qui capte les variations de pressions de l'eau et permet de transformer les vibrations de l'eau en signal audible. Ainsi, les faibles vocalisation des Grenouilles rousses deviennent des grondements impressionnants. Peut-être ces vocalisations sont-elles plus proches des sonorités que les amphibiens entendent sous l'eau ? Enregistrer des voix animales revient aussi à se poser la question de la perception des sons par les animaux eux-même, et ce sujet reste encore largement à débattre…
(…)

Yannick Dauby, pour SONATURA.

* On peut retrouver un modèle sonore similaire chez les Homo sapiens notamment dans la musique indonésienne jouée sur le Gamelan (orchestre de métallophone), dans la musique répétitive de Steve Reich (essayez “Music for 18 musicians”), mais aussi dans les concerts de caisses enregistreuses des supermarchés ou de portiques automatiques des métro de certaines villes.

 



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